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lundi 25 mai 2009

Jacques Hemery Cayenne Samedi 23 Mai 2009

La galerie de l'Encadrier est ouverte sur la nuit cayennaise : portes bleues, murs jaunes, lumières qui invitent à la curiosité et au partage d'émotions. On y rentre, on en sort, on y re-rentre. Conversations sur le trottoir, visages connus, photos,… un verre de planteur à la main. On est ici en terre d'amitié grâce à Claude Favier et Anne-Marie Pichard.

DSCN0778

Jacques Hemery nous est arrivé depuis quelques jours. Il est là et ses nouvelles toiles flambent dans la nuit, moisson d’une année passée entre Brest et Quimper. Il y a bien sûr ces corps et ces visages que nous connaissons bien et qui sont des cris au milieu des sourires mêmes. Jacques ne peint pas des portraits de gens solitaires. Il peint la solitude en général et, en particulier, la solitude moderne. Ces corps qui grimacent dans un ciel presque toujours fantasmagorique, ces visages tendus vers leur infini intérieur, ces postures qui caressent la terre et jouent avec son appropriation, tous ces corps en dérive sont l’image de nos transhumances recommencées, tentatives toujours vouées à l’échec d’une inscription dans l’éternel. A la solitude des êtres répond cette année celle de ces bateaux chosifiés.

La grande nouveauté est là, autour de ces neuf « marines » (est-il bien juste de les nommer ainsi ?). Fut le voyage. Fut la vraie vie sur la panse océane. Pour ces navires sauvés du grand bleu, le retour à la terre est inéluctable. Et l’on retrouve la même thématique solitaire que pour nos reflets adolescents. Les bateaux sont échoués, seuls ou en couples, jamais plus. La solitude se vit solitairement. Le retour à la terre -titre de la toile n° 9- s’opère dans une lumière d’un expressionnisme fulgurant. A la concrétion des matières déjà en fusion répond celle du ciel : les bleus céruléens profonds se mêlent, dans une correspondance intéressante à relever, à des rouges corail qu’illuminent à leur tour des plages de jaune de Naples, baignées d’ocres bien terriens. Le tout compose une symphonie chromatique qui explose en effusion -au sens propre du mot- « fantastique » comme dans cette toile surprenante intitulée « En pensant à Arthur Gordon Pym ». C’est que Jacques ne se contente pas d’avoir un regard juste sur nos conditions humaines, c’est aussi un très grand coloriste. Et le traitement de la couleur est toujours chez lui au service de la lumière qui irradie chacune de ses toiles les plus nobles, comme dans cette toile n°2 – « Le guetteur immobile » - où la fenêtre gauche du navire attend scrupuleusement l’arithmétique passage de la lumière solaire pour mieux la renvoyer sur le reste de la toile d’abord, sur l’observateur ensuite, tel un énième « petit pan de mur jaune ».

En_pensant___Arthur_Gordon_Pym

Partances chromatiques et échappées radiales sont saisies dans un instant qui ne relèvent d’aucun réalisme car, -on l’a bien compris- la peinture du « réel »  n’intéresse pas Jacques dans ses toiles. Ce qui l’intéresse, c’est le saisissement de l’Être, ce qui évidemment n’a rien à voir. La peinture de Jacques est donc métaphorique. L’Être est là, fragile, fugace, quasi inexistant entre deux immensités, celle du passé, de l’enfance abolie, de la mer et du voyage qui « fut » et celle de l’avenir, du redouté adulte, de la terre et du « retour à la terre », suprême syncrétisme. Et puisqu’il y a métaphore, quel espace peut le mieux exprimer le « passage » des êtres et des choses que celui de ces inter-zones où la terre devient la mer, où la mer devient la terre… ? Ainsi, la mangrove devient-elle l’une des meilleures métaphores de l’étant, sans cesse métamorphosée, sans cesse entre deux partances, deux univers résolument antagonistes et dont la confluence est le vivant. Métaphorique, la peinture de Jacques n’a de sens que par rapport à l’homme. Comme Saint-John Perse, elle crie sans cesse « Car c’est de l’Homme qu’il s’agit ! ».

Une dernière chose. Si la vie est souffrance, si le sort des choses et des êtres relève d’une affligeante impermanence, le regard sur cette désolation n’a lui rien de désolé car il est porteur d’une com-préhension et d’un amour d’une force incroyablement puissante, amour qui me semble transparaître avec évidence dans le saisissement des rires, dans cette attention portée aux regards, dans cette compassion même pour la forme épanchée de ces épaves. Entre affirmation puissante de la vie, y compris dans ses formes déchues, et dépassement de cette déchéance inéluctable par sa prise de conscience et par la poésie qui se dégage sans cesse de la ruine ambulante qu’est toute manifestation du vivant, la peinture de Jacques est une peinture forte qui oscille constamment entre Nietzsche et Pascal.

La solitude comme thème, la lumière comme moyen, l’amour comme visée, tels sont les arcanes majeurs de la peinture de notre ami et grand poète Jacques Hemery.

                                                                                                                Vincent Alzial

Jacques__Olivia__Laurence__Christiane_et_Catherine

Posté par vincent alzial à 18:14 - Expositions vues - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

J'ai été très ému, Vincent, à la lecture de ton texte, ému et troublé par la justesse de tes approches mais aussi par le réveil que je tiens à contrôler de la petite vanité sournoise qui sommeille en chaque "artiste".
Mon égo n'éclatera pas, ces mots-là me redonneront l'envie de peindre les jours de doute et si tenir debout entre Nietzsche et Pascal est au-delà de ma portée, peindre pour et avec mes amis me tiendra bien vivant...
Merci Vincent

Posté par Jacques Hemery, dimanche 7 juin 2009 à 09:11

Merci vincent d'avoir pu nous permettre de partager cet expo que ce soit par ton texte mais aussi grace aux photos mises en ligne.C'est un régal qui donne envie de les voir en vrai.

Posté par zabelou, mercredi 8 juillet 2009 à 07:16

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